Nicaragüenses
Portraits de Nicaraguayens



Un artisan-potier qui travaille dur pour l’avenir de sa famille. Des milliers de personnes qui se regroupent pour faire pression sur le gouvernement. Un peinture murale qui décrit la vie de la campagne.

Des portraits d’hommes et de femmes, des lieux, des évènements qui cherchent à retranscrire la vie dans un pays. Des individualités riches de vie et d’expériences, positives ou non, comme c’est le cas de chacun des habitants de cette planète.

Le Nicaragua est un pays dit « pauvre ». Pour la première fois de ma vie, j’ai été confronté à la réalité et rien ne ressemblait à ce que l’on avait pu me décrire depuis l’enfance. Passé l’accoutumance aux nouveautés liés au climat et aux infrastructures, la vie semble plus facile, plus claire, plus gaie. Chacun des actes quotidiens semble plus simple. La méfiance est rare, l’ouverture aux autres omniprésente. Le sourire des habitants marque tous les occidentaux de passage.

Comme partout dans le monde, les jeunes Nicaraguayens ont des rêves. Comme partout dans le monde, des hommes et des femmes ont des projets et se mobilisent pour améliorer le lendemain de leurs enfants. Comme partout dans le monde, les Nicaraguayens ont une culture qui leur est propre, qui les renforce, qui les inscrit dans leur histoire. Un combat de tous les jours, mené par des millions de personnes, non pas pour sortir de la misère mais pour améliorer les conditions de vie. La signification pratique est la même mais le poids des mots change tout, profondément.

Je vous présente aujourd’hui un portrait du Nicaragua. On pourrait dresser le même de tous les pays du monde, de la Somalie à la France, chacun avec ses caractéristique propres. Cela permettrait que l’on change de regard sur les pays du Sud qui sont, peut-être, plus pauvres économiquement que la France mais qui ne sont pas, et c’est important, des pays pauvres.







Légende Candida, grand-mère

Condega est une ville moyenne nicaraguayenne typique : trente mille habitants, quelques rues pavées toutes perpendiculaires les unes aux autres et beaucoup de verdure. Sur la photo, les arbres cachent les nombreuses rues.

Il faut imaginer le parc central, point de repère et centre d’activité de la ville, où tout le monde se retrouve à la tombée du jour. Le marché, les bus et les taxis s’enroulent autour du parc.

Les rues semblent être composées uniquement de commerces. Dans les faits, chacun d’entre eux cache une maison pleine de vie. Marchand de glace, de tortillas, salon de coiffure, cybercafé, papeterie… et malgré la multitude des magasins, la concurrence n’existe pas. Chacun fait avec ses moyens. Personne ne cherchera jamais à détruire l’autre.

Victoria est la mère de six enfants. Ils sont tous partis travailler soit au Costa-Rica, soit aux Etats-Unis. Victoria se charge d’élever, seule, ses douze petits enfants dans une maison toujours très animée.

Avec l’argent envoyé de l’étranger, la situation financière de la famille est plutôt bonne mais cela ne remplace pas la présence des parents. Engagée au niveau politique depuis toujours, Victoria travaille aussi pour améliorer l’avenir de la ville.

Depuis plusieurs années, des tournois de football, alternativement féminins et masculins, sont organisés dans le quartier Solidaridad. Les matchs ont lieu tous les soirs sur le terrain de sport pendant que les enfants jouent sur l’herbe avoisinante; et c’est toute la population des moins de vingt cinq ans qui semble se réunir.

Longtemps réputé comme dangereux, le quartier était le lieu de réunion de pandillas, groupes violents de jeunes délinquants. Avec la mise en place par les jeunes eux-mêmes d’activités de création et de sport, le quartier s’est calmé.

« Les bienfaits du sport font des miracles » a-t-on conclu en m’expliquant l’histoire du quartier. C’est vrai et peut-être avons nous des leçons à prendre.

Ce qui marque le plus chez Aurélila c’est son visage, tranquille et souriant. Il y transparaît une quantité infinie de générosité. Depuis cinq ans, elle travaille à la Escuela Especial (école spécialisée) avec une classe de sourds et muets. Parallèlement, elle a travaillé pendant onze ans dans une école privée qui accueille les enfants refusés dans l’enseignement public.

Elle m’a présenté son village natal, là-haut, dans les montagnes, tout en me racontant des légendes. Aurélila a le coeur grand comme ça et rend service à tous dans une paix absolue.

La voir réchauffe le coeur.

La grande majorité des Nicaraguayens vivent à la campagne, à une distance non négligeable de la ville. Son faible prix et son utilité font du cheval un moyen de transport très utilisé. Il n’est donc pas rare de voir ceux que j’aime appeler des cow-boys sur les routes de montagne ou même dans les villes.

Avec leurs vrais éperons, ils m’ont parfois donné l’impression de me retrouver dans un western. On est étonné quand on aperçoit pour la première fois des chariots tirés par des chevaux côtoyer des 4×4 dernière génération dans les rues de la capitale.

Par la suite, on s’habitue à la présence de ces animaux familiers accrochés à des arbres attendant que leurs propriétaires terminent leurs emplettes.

Carla vit à El Sauce, une ville de trente mille habitants environ. Elle a terminé l’école secondaire l’année dernière. Pendant la journée, elle aide sa mère dans son restaurant. Toujours enjouée, elle rit souvent, parle de vêtements et de garçons.

Comme beaucoup de jeunes filles de son âge, elle pense se marier bientôt. Au Nicaragua, il n’est pas rare de voir des filles de quinze ans mariées et déjà mère. Pour une jeune femme, ne pas être mariée après vingt cinq ans est une exception, particulièrement dans les familles où les études universitaires sont rares.

Ces petits commerces vendent de tout, du savon à l’huile de cuisine, du stylo aux haricots rouges cuits en passant par les cigarettes, au paquet ou à l’unité. Ils constituent la base du commerce au Nicaragua.

Dans quasiment toutes les rues, vous trouverez une pulperia et il ne viendrait à l’idée de personne d’aller plus loin pour faire ses courses. Pour les repérer, rien de plus simple : elles sont décorées d’une multitude de publicités pour les produits les plus divers.

Ce commerce de proximité on ne peut plus humain est une des choses qui m’a marqué le plus au Nicaragua.

Angel Gabriel est toujours très bien habillé, pantalon et chemise bien repassés, chaussures cirées et cheveux gominés. Il sourit tout le temps et possède des dents parfaites. Il parle avec assurance, toujours très clairement et avec quantité de gestes.

Avec lui, il est difficile de parler d’autre chose que de religion car, d’une manière ou d’une autre, le sujet revient toujours au centre de la discussion. Ses croyances sont strictes, arrêtées, mais j’ai apprécié qu’il accepte tous les débats. Il ne fermera jamais le dialogue mais cherchera tous les arguments pour convaincre.

Il est très intéressant de pouvoir échanger et comprendre clairement le point de vue d’un homme aussi profondément religieux. Cela donne envie d’en savoir plus même si l’on ne partage pas ses idées.

La partie pacifique du Nicaragua est une ancienne colonie Espagnole. Deux villes principales conservent les restes de cette époque coloniale : Granada et Léon. On y trouve en particulier de magnifiques églises colorées, toujours animées notamment les jours de grandes chaleurs quand les murs épais gardent la fraîcheur.

La cathédrale de Léon est la plus grande cathédrale d’Amérique Centrale et est surtout réputée pour protéger la tombe du plus connu des poètes Nicaraguayens : Ruben Dario.

Le regard d’une femme.
Une main qui vous touche.
Un sourire.
Un accueil chaleureux.
Tout cela peut se passer en moins de quelques minutes et vous marquer pour la vie.
Elle m’a regardé partir jusqu’à ce que je quitte l’horizon et j’ai senti mon coe“ur qui battait.

Croisée au détour d’un chemin, Eologia m’a offert beaucoup. Je n’ai pas eu le temps de la connaître mais ce portrait en dit long. Je vous l’offre.

Les tortillas sont la base de l’alimentation paysanne. Elles se mangent avec tout, un peu comme le pain en France. La recette en elle-même est on ne peut plus simple : du maïs broyé auquel on ajoute de l’eau. On mélange bien le tout et, avec la paume de la main, on donne à la pâte une forme d’une galette que l’on passe ensuite au four.

Pour les novices, il est difficile de prendre le coup de main. La tortilla, accompagnée de haricots rouges et de cuarada, un fromage, est l’un des repas les plus simples, les plus communs et qui compte parmi les meilleurs du Nicaragua.

« Asi es el mundo » Ainsi est le monde. Cela doit être la phrase que Norma a prononcé le plus de fois au cours de mon séjour chez elle. Norma est ma professeur d’espagnol.

Elle accueille des étudiants internationaux, leur donne des cours le matin, leur fait découvrir la ville l’après-midi et enseigne à des étudiants de tous âges qui ont repris le chemin de l’école le soir.

C’est un personnage ! Fille de la campagne, elle a travaillé dès le plus jeune âge, vendant des tortillas dans le bus ou récoltant du café. Contre l’avis de ses parents, elle a suivi des études secondaires, travaillé dans un restaurant, a été directrice d’école primaire et a suivi des études universitaires d’espagnol pour enseigner aux étrangers.

Après plusieurs mariages, elle vit aujourd’hui seule avec sa fille, Leslie, qui va bientôt partir étudier la médecine. Les voisins la regardent de travers.

Il est tellement rare qu’une femme vive seule, que, dans les esprits moqueurs, elle doit forcément être prostituée ou homosexuelle. Qu’importe mieux vaut vivre seule que mal accompagnée, dit-elle en continuant à s’activer pour apporter du matériel scolaire à l’école d’à côté.

Accompagnée d’un ami de Norma, j’ai eu l’occasion d’aller visiter une fabrique de tabac qui n’est pas ouverte au public. Après une description du processus de traitement du tabac par le contremaître, j’ai eu le loisir d’observer le travail des ouvriers.

Ceux que l’on aperçoit sur la photo, essentiellement des hommes, aèrent le tabac pour qu’il ne pourrisse pas pendant le séchage. En amont, des ouvrières l’ont trié en fonction de la taille et de la couleur.

La chaleur est quasiment insupportable dans le hangar sans fenêtre où s’effectuent ces opérations. Les odeurs de tabac prennent la gorge au bout de quelques minutes. Les ouvriers ne restent jamais de longues années à travailler dans ces conditions difficiles et les conséquences sur la santé sont importantes, notamment au niveau des poumons. Tout le monde en est conscient mais trouver du travail n’est pas évident, alors quand on en a un…

Helen vit dans la maison d’une amie de sa mère qui est partie travailler au Costa Rica. Comme beaucoup d’enfants de par le monde, elle affiche presque toujours un très large sourire.

A neuf ans, elle aide déjà beaucoup à la maison : elle sait laver le linge à la main, faire la cuisine et nettoyer les sols. Quand on a besoin d’elle, elle accourt sans hésiter, comme ce jour où elle ramassait les citrons que nous faisions tomber de l’arbre – première photo.

Tous les matins, elle va à l’école et quand elle n’a rien à faire, elle joue au Jack (jeu traditionnel similaire aux osselets).

Quasiment toutes les écoles possèdent une Banda, un groupe de musique composé de tambours, grosse caisse et autres percussions, souvent accompagnés d’une lyre, indispensable pour jouer l’hymne nicaraguayen. Chaque année, les Bandas s’entraînent énormément, pendant les après-midis et les week-ends, pour se présenter dans les rues de la ville le 14 septembre, jour de la fête patriotique. Les meilleures Bandas recueillent des honneurs considérables. Faire partie de la Banda pour un élève, c’est devenir populaire au sein de l’école et cette distinction facilite grandement la vie sociale.

Les cheveux longs attachés en queue de cheval, Jerry José est concentré sur sa peinture. Les détails d’une feuille. Il travaille pour le musée du Volcan Masaya depuis de nombreuses années. A lui tout seul, il a peint la quasi-totalité des fresques de l’établissement. Une nouvelle salle est en préparation. On lui a commandé une fresque d’environ 15m² qu’il a prévu de réaliser sur 7 mois. Il me parle de ses balades dans la nature, près de la Laguna de Apoyo, au cours desquelles il fait des croquis et puise son inspiration.

Les murales sont l’une des formes d’expression les plus populaires. Très colorées, elles nous plongent dans la vie quotidienne et dans les problèmes de la société nicaraguayenne. De nombreux symboles se retrouvent régulièrement, par exemple, la fleur de Sacuanjoche, fleur nationale, l’ombre ou le portrait de Sandino, le héros qui chassa les étasuniens du pays.

Qu’elles traitent du sida, de l’histoire ou qu’elles commémorent un événement important de la ville ou du pays, les murales sont toujours peintes selon un art naïf, très coloré, et si on y porte un peu attention, elles réussissent très bien à retranscrire les émotions qu’elles cherchent à exprimer.

Esteli est « la ville des murales». Si vous en avez un jour l’occasion, n’hésitez pas à la parcourir et à vous attarder sur ses murs. Vous ne le regretterez pas.

Evert Pavon est artisan potier. Avec toute sa famille, il produit des vases et autres objets décoratifs qu’il va vendre à Granada et dans les marchés.

Il y a quelques années, Evert employait plusieurs personnes dans son atelier mais avec la crise économique, les touristes se font plus rares et les ventes baissent. Les quelques associations étasuniennes avec lesquelles il travaillait ponctuellement ont quasiment cessé leurs activités.

Malgré tout, Evert se bat pour payer les études universitaires de ses enfants : sa fille aînée travaille et se forme dans l’informatique, la seconde fait des études d’infirmière. Un de ses fils vient de passer le baccalauréat. Il choisira sa filière en fonction des possibilités financières de la famille. Il voudrait être architecte.

Lorsque l’on traverse le Nicaragua, on découvre souvent des paysages magnifiques : dans le nord, des montagnes boisées, sur la côte pacifique, des couchers de soleil à couper le souffle, sur la côte atlantique, des plages de sable blanc, des cocotiers et de l’eau cristalline.

Des belvédères sont aménagés pour que les touristes, aussi bien locaux qu’étrangers, profitent des merveilles du pays. La Laguna de Apoyo est le plus connu des atouts touristiques du Nicaragua.

Lorsque l’on découvre le lac après avoir grimpé la montagne ou l’avoir parcourue en voiture, c’est un moment d’émerveillement qui ne se dissipe pas. Un charme magique s’empare de nous et nous fait rester des heures à observer la beauté du paysage. Seul un orage que l’on voit venir sur le lac peut nous faire partir.

Ces enfants jouaient dans la rue, faisaient semblant de se battre. Quand ils m’ont vu approcher, ils m’ont demandé de les prendre en photo. Une distraction de quelques secondes avant qu’ils ne recommencent à se chamailler.

Quand je leur ai demandé leurs prénoms, ils se sont donnés des noms de super-héros. L’un d’entre eux vendait des cigarettes et des bonbons.

Jason est manutentionnaire sur le bateau qui réalise la traversée Granada-San Carlos.

Chaque semaine, il effectue quatre trajets de quinze heures, de nuit. A toutes les escales, il charge et décharge la marchandise. Sur le pont, quand le bateau est en marche, il n’arrive pas à dormir. Au final, Jason travaille plus de soixante heures par semaine pour 1 300C$ par mois, soit 43€.

Cela fait trois mois qu’il a été embauché. « C’est fatiguant, m’avoue-t-il, mais cela aide à la maison. Ce que je veux, c’est me marier et aller vivre ailleurs, au Honduras, au Salvador, voyager un peu… J’ai plusieurs amis qui ont fait ça ».

Cette phrase m’a marquée surtout parce que cet espoir et cette volonté, je l’ai retrouvée chez quasiment tous ceux avec qui j’ai parlé. Cela donne du courage pour continuer et se changer soi-même.

Le moteur ronronne. Les deux amis discutent tranquillement. Assis sur les marches du bateau, ils peuvent contempler leurs compagnons qui dorment sur le pont. Il est tard, le vent commence à devenir frais.

A cinq heures le lendemain, le bateau arrivera à San Carlos. Ils devront patienter deux jours sans se faire remarquer avant qu’un « ami » vienne les chercher en voiture pour passer la frontière et les amener dans la plantation de café. Ils y travailleront six à huit mois avant de rentrer au pays. Le Costa Rica n’est pas l’Eldorado, mais c’est un moindre mal.

Les salaires sont trois fois plus élevés et surtout « Là-bas, il y a du travail ».

Les plages de la côte pacifique sont le havre des habitants de la capitale qui partent en week-end à la mer. La plupart sont bordées de huttes de bois et de feuilles, abritant des tables et des chaises pour les vacanciers. Quelques plages, moins connues, permettent aux pêcheurs de partir en mer.

Il est agréable d’observer le va-et-vient des bateaux naviguant au large et les réparateurs travaillant sur des moteurs à coté de jeunes jouant au foot sur le sable. Avec de la chance, vous pourriez croiser le fils d’un pêcheur avec sa petite amie qui vous raconteraient la vie de la mer…

Ina connaît le Brésil comme sa poche. Elle a voyagé dans tous les pays d’Amérique du Sud et a passé plusieurs mois dans la forêt amazonienne. Aujourd’hui, elle remonte vers le nord : Costa-Rica, Nicaragua, Guatemala…

Elle ne supporte pas de vivre enfermée et préfère profiter de l’air extérieur, même pour dormir. Cependant l’humidité de l’hiver Nicaraguayen lui fait mal, tout comme les cigarettes qu’elle fume depuis l’âge de 7 ans. Pour récolter un peu d’argent, elle vend les bijoux qu’elle fabrique. Elle est heureuse.

La Serva Negra est une réserve naturelle sur les montagnes de Matagalpa. C’est ici que se fabrique l’un des meilleurs cafés du Nicaragua, réservé à l’exportation.

Propriété d’une famille d’origine allemande, on y trouve de nombreux petits chalets aménagés afin d’accueillir les visiteurs du monde entier au milieu d’une nature préservée, protégée et balisée. On y trouve même une petite église. Vu les tarifs pratiqués, on comprend que les Nicaraguayens ne soient pas nombreux à s’y rendre.

Depuis plus d’un siècle, le partage des terres pose problème au Nicaragua comme dans toute l’Amérique Latine. De grands propriétaires terriens possèdent des centaines d’hectares qu’ils n’utilisent pas, tandis que de nombreux Nicaraguayens n’ont pas la possibilité d’acheter de terrain pour construire leur maison.

De nombreux mouvements de « Toma-Tierra » (prend-la-terre) existent. Il s’agit d’hommes et de femmes qui se regroupent et s’installent sur des terres qui ne leur appartiennent pas pour construire leur maison. S’engage alors un processus de négociation entre ces personnes, le gouvernement et les propriétaires afin de rentrer dans la légalité. Les nouveaux occupants demandent à acheter leur terrain à crédit.

A Chilisa, un nouveau quartier d’Esteli, plus de trois mille personnes se sont installées dans des tentes de fortune, souvent moins confortables que nos campings français, pour avoir un endroit où vivre. Petit à petit, des maisons de bois se construisent. Les terrains sont délimités : quelques dizaines de mètres carrés par famille. Chilisa s’étend sur plusieurs dizaines d’hectares.

Depuis 2005, des ouvriers de l’industrie sucrière du nord du pays campent près de l’Assemblée Nationale à Managua pour faire valoir leurs droits.

Pendant de nombreuses années, une multinationale américaine a utilisé, sur le sol nicaraguayen, des pesticides, notamment le Nemagon, interdit aux E‰tats-Unis pour ses conséquences néfastes sur la santé des travailleurs. Dans les zones sucrières du nord du pays, des milliers de personnes ont été empoisonnées par ce produit qui a été la cause directe de plus de 1300 décès en 2007.

Une marche a été organisée pour rejoindre Managua où ces campements de fortune ont été installés afin de faire pression sur le gouvernement et la justice. Le jugement aurait dû être rendu en faveur des plaignants depuis bien longtemps, mais les manigances des multinationales et la corruption du gouvernement empêchent le travail d’être fait correctement.

Durant les cinq mois de mon séjour dans le pays, j’ai pu me rendre compte que le campement grandissait, s’implantant dans de nouvelles zones par manque de place sur le territoire initial.

Nestor travaille dans sa ville et s’intéresse à la culture précolombienne. Il est conscient des problèmes de son pays et agit directement à son échelle. Directeur du musée de Pétroglyphes de Chagüitillo, il met en place de nombreux projets annexes : tourisme communautaire, réunions d’information sur l’environnement et sur le patrimoine culturel.

Eveiller les consciences à la culture indigène et à l’environnement n’est pas chose facile. Nestor y travaille tous les jours.

Petit animal familier, on le retrouve dans toutes les maisons du Nicaragua. Il aime la chaleur mais pas directement et « chante » pour amadouer sa dulcinée. On l’aime bien car il mange les moustiques, ce qui est plutôt utile. Il est amusant de regarder sa chasse nocturne aux papillons attirés par la lumière.

Maria Dolorès m’a demandé avec un sourire de la prendre en photo. Nous nous sommes mises à discuter.

Elle vit dans la rue avec ses deux filles de 12 et 15 ans. Originaire du nord du pays, elle est venue à Granada pour trouver du travail. Comme elle n’en a pas trouvé, elle vend des cigarettes aux passants. Nous nous disons au revoir et elle part s’asseoir face au lac, semblable à la mer.

En 1979, une révolution populaire a mis fin à une dictature de plus d’un demi-siècle et instauré une république démocratique. Le mouvement porteur de la révolution s’appelait le Front Sandiniste de Libération National (FSLN).

Dix ans de guerre civile ont suivi, puis les élections de 1990, remportées par le parti Libéral, ramenèrent enfin la paix. La Révolution reste, dans le coe“ur de tous les Nicaraguayens, un élément fondamental, célébré tous les ans le 19 juillet.

Les trente ans de la Révolution, en 2009, ne firent pas exception à la règle. Des Nicaraguayens arrivés des quatre coins du pays sont venus fêter l’événement dans la capitale en présence du président sandiniste actuellement au pouvoir, Daniel Ortega.

Savoir si le FSLN reste le parti préféré des Nicaraguayens fait débat. Le parti a remporté les élections municipales de 2008. L’opinion internationale les considère comme truquées cependant il est difficile de savoir s’il s’agit d’une manigance politique des opposants ou de la réalité.

Quoi qu’il en soit, les fêtes de la Révolution de juillet dernier ont montré une ferveur pour le parti Sandiniste que personne ne peut nier.

Filbert habite sur la côte atlantique, près de San Juan de Nicaragua, la seule ville de plus de mille habitants à cent kilomètres à la ronde. Je l’ai rencontré un jour où il venait à la ville pour recharger son portable, il voulait appeler sa soe“ur.

Il vit un peu plus loin, au sein d’une nature généreuse qui lui fournit à elle seule toute sa nourriture, très largement agrémentée des produits de la pêche. Quand il a besoin d’argent, il va travailler dans des plantations de coco.

Une de ses phrases m’a marquée : « Vivre ici, c’est comme être au paradis, dans le jardin d’Eden. Ce n’est pas pareil en d’autres endroits ».

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Jeunes nicaraguayens, par Hélène Legay
Jeunes nicaraguayens, par Hélène Legay
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El Sauce
une communauté dans la montagne



Une nature verdoyante, une vie au rythme du soleil, la fierté du travail de la terre et la volonté d’aller de l’avant et d’améliorer son quotidien.

El Cacao est un village niché au coeur de la montagne, à deux heures à pied de la ville la plus proche. L’accès se fait par des chemins de terre étroits et régulièrement coupés par de petits ruisseaux. A l’arrivée, les paysages sont magnifiques.

Imaginez vous réveiller, tous les matins, face aux paysages luxuriants, accompagné par les oiseaux et les bêtes de somme. Les poules, oies et dindons courent en liberté.

On ressent toute la fierté des paysans et leurs amours de la terre lorsqu’ils nous font visiter leur ferme. Ils nous racontent les multiples projets en cours dans la communauté, le nouvel aménagement des terres, le développement de la culture des légumes, les nouvelles plantations de café et la construction du

futur centre de tourisme communautaire. Pour rien au monde, ils ne partiraient vivre à la ville. Pourquoi travailler dans une usine quand il suffit de tendre le bras pour cueillir des mangues ou d’autres fruits exotiques.

L’école est assurée pour la trentaine d’enfants des trois villages alentours. Le rapport de l’avancée des travaux dans la ferme est signé par l’ainé de la famille, d’environ 8 ans qui a appris à écrire.

Régulièrement, les voisins se réunissent pour prendre les décisions de la communauté en commun. Les femmes participent activement si elles le souhaitent. Elles apprennent à fabriquer des paniers en aiguilles de pin, ramassées dans la forêt, que l’on vend par la suite à la ville.

Ouverts aux nouveautés et aux nouveaux arrivants, les habitants vivent ensemble, entourés de la paix apportée par la présence de la Nature…






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Jeunes nicaraguayens, par Hélène Legay
Jeunes nicaraguayens, par Hélène Legay
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Jeunes Nicaraguayens



J’ai rencontré finalement peu de jeunes au Nicaragua comparé au nombre de personnes rencontrées au final… Je ne fréquentais pas les même lieux, ni n’avais les même horaires. Mais je souhaitais réaliser un travail sur le jeunes car c’est une période importante de la vie, qui explique de nombreuses choses. Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est que la culture ancestrale, on en parle peu, adulte, mais on l’apprend aux jeunes : les contes, les chansons… Quand on veux les connaître, ils vous les feront partager avec joie, les adultes, eux, vivent dans un autre monde.

Ce qui m’a marqué également sont les similitudes des occupations des jeunes d’ici et de là-bas. Même centres d’intérêts, même sorties, même motivations. Plus encore à travers les jeunes, je me suis rendue compte que les conditions sont différentes mais les hommes restent les même. Une fois le quotidien devenu habitude, ce qui occupe la tête que ce soit en France ou au Nicaragua est du même ordre : famille, amis, travail, loisirs…

Des êtres humains qui se ressemblent plus qu’ils ne le pensent. A travers ces photographies, je ne cherche pas à démontrer quoi que ce soit, juste à présenter la vie simplement, comme je les ai vu et qu’on me les a présentées. Des photographies pour voir, ressentir, des textes pour comprendre.





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Jeunes nicaraguayens, par Hélène Legay
Jeunes nicaraguayens, par Hélène Legay
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La Santo Domingo
fête du Saint Patron de Managua



Fête catholique traditionnelle aux accents indigènes, la Santo Domingo rassemble les habitants de la ville autour d’un culte commun. L’occasion de faire la fête pour la majorité, une bonne journée de vente pour d’autres et un défi à relever pour les forces de l’ordre.

Les festivités se déroulent en deux temps : la « descente du Saint » le 1er août, une procession qui amène le Saint, une petite statuette d’une quinzaine de centimètres recouverte de fleurs et posée sur une chaise à porteur, de l’église où il réside pendant l’année à l’ancienne Cathédrale de Managua et la « remontée du Saint » le 10 août où il effectue le trajet inverse. Les deux jours sont fériés pour les Managuayens afin de pouvoir participer à cet événement rassembleur. Lors de la cérémonie, le Saint et ses porteurs s’arrêtent régulièrement pour danser pendant que la foule se presse autour d’eux. Le spectacle est difficile à percevoir. Les pères portent leurs enfants à bout de bras, certains galopins montent sur les toit et tous les espaces surélevés sont pris d’assaut.

Pour remercier Santo Domingo de ses actions au cours de l’année, de nombreuses personnes, essentiellement des hommes, se peignent le corps de noir ou de marron et dansent avec leurs bâton. Des femmes et fillettes en robes traditionnelles tournoient avec des mouvements amples.

Après le passage du cortège, la fête est à l’honneur. Quelques travestis profitent de la Santo Domingo pour s’exhiber. Le rhum et la bière, les alcools locaux, coulent à flot. Les ventes de sucreries en tout genre explosent : buñuelos (petits gâteaux nicaraguayens), pommes d’amour et autres chewing-gum. Quelques heures plus tard, les femmes et les enfants ne s’attardent pas, laissant la rue continuer de festoyer. Il faudra plusieurs jours pour que les restes du passage de Santo Domingo s’effacent des rues.

Ancienne célébration du dieu du Maïz transformée par les prêtres colonisateurs en Santo Domingo, ces deux jours forment un savant mélange de catholicisme, fêtes ibériques et tradition indigène.







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