Images sans images d'une vie parisienne n°6

Images sans images d’une vie parisienne n°6

Fin de mon premier mois à Paris. En dehors du métro, il y a d’autres images que je ne peux pas prendre.

Le métro. Il y a du monde, suffisamment pour qu’il n’y ai pas plus de 20 cm entre les personnes qui sont debout. Pas tellement pour que l’on ne soit pas totalement collé les uns aux autres, ce qui est proprement insupportable. La chaleur est impressionnante. Les personnes assises ne regardent nulle part. Les personnes debout ont des comportements différents. Quelques regards croisés, quelques sourires échangés malgré tout. La plupart des voyageurs s’ignorent, d’autres supportent collectivement la foule pour rendre le voyage plus agréable. Une altercation commence. Un peu plus loin, une veille dame aux cheveux blancs, assise sur un strapontin réprimande une jeune fille parce que son sac lui arrive dans les yeux. La jeune fille ne voulant pas le poser par terre pour ne pas le salir réprimande la vielle dame d’utiliser les strapontins en cas d’affluence. Les sièges lui sont prioritairement réservés, elle n’a qu’à pas être assise. Je peste. Ni contre l’une, ni contre l’autre, contre les personnes, assises derrière qui ne cillent pas. Cette photo, je ne pouvais pas la prendre, il y avait du monde, ce n’aurait pas été respectueux des personnes qui m’entouraient.

Comment ces personnes peuvent-t-elle être aussi indifférentes à ceux qui les entoure. On ne peut pas agir directement sur la pauvreté, les injustices qui se passent loin de nous mais nous pouvons agir, par petites actions sensibles auprès des personnes qui nous entourent physiquement. Leur comportement était le même que si rien ne se passait. Les deux femmes s’échangent leur arguments encore une minute avant que j’éclate « Une personne assise ne pourrait pas lui laisser sa place ?! ». Et un jeune homme d’une vingtaine d’année, à côté de moi s’écrit « Moi ! » en levant la main promptement et se levant, allant la voir pour que la dame prenne place.

L’indifférence totale des autres personnes assises, deux hommes d’une quarantaine d’années, un homme d’une vingtaine et une dame d’une trentaine, ne levant même pas un cil m’ont profondément marqué. C’est ça Paris ?

Autre photo, sortie du Monoprix à côté de mon travail. Je suis assise prenant une pause. Une dame, habillée avec des baskets sales, un pantalon multicolore aux couleurs passées un peu boueux et un manteau bleu usagé est debout en face de moi, le visage agréable. Elle me sourie. Les poubelles passent à six heures. Elle attend que le Monoprix sorte les siennes afin de récupérer un peu de nourriture. Elle discute avec le sourire de son attente. Elle ne connaît pas ici, c’est la première fois qu’elle vient. Monoprix c’est bien, les produits sont meilleurs qu’au Franprix, ici, il n’y a pas grand monde, elle aura peut-être la chance de récupérer un ou deux produits.

En diptyque, le lendemain, même endroit. Un homme d’une trentaine d’année, habillé en routard de quelques jours, un sac de rando moyen format sur les épaules. Avec le sourire, face aux portes automatiques du Monoprix, il attend. « Vous attendez vous aussi ? ». Il n’est pas courant de voir des gens assis dans la rue à Paris, j’ai beau avoir une veste de costume sur les épaules, cela se signifie rien. « Je n’en ai pas besoin, mais c’est fou ce qu’ils jettent, ça me dégoute. J’ai des amis qui ont faim alors si je peux récupérer quelque trucs pour eux. Des magasins comme ça, il y en a des milliers dans Paris, la quantité de nourriture qui est perdue… Ici, ils sont sympas, ça va. Il y en a, ils mettent même de la Javel sur les poubelles pour que l’on ne puisse rien récupérer. Par contre, il faut être là au bon moment. Entre le moment où il sortent les poubelles et le moment où elles passent, il y a un quart d’heure à peine. » Nous discutons quelques minutes et avant de nous séparer, il me dit, « je suis là tout les jours à la même heure… »